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10.30.2020

Le chat dans l’Art, petit guide iconographique I

Depuis que les êtres humains s’expriment par le biais de la représentation graphique, ils ont choisi de transposer non seulement leur environnement physique, mais aussi leurs croyances et leurs mythes. Le chat faisant partie intégrante de ces deux facettes de leur vie, nous avons hérité de nombreuses œuvres qui, aujourd’hui, sont de vivants témoignages de cette relation particulière. Ce petit guide vous conduira à travers les méandres de l’Histoire de l’Art pour vous faire découvrir le chat comme vous ne l’avez jamais vu.

Les représentations du chat à travers le monde et les arts antiques

En Égypte

Deux mille ans avant notre ère, le chat était célébré dans toute l’Égypte. De nombreuses œuvres ont ainsi été découvertes et l’on a pu le voir représenté sur des sculptures, des papyrus et des amulettes, mais aussi des peintures murales et des bijoux. Un grand nombre de momies de chat ont aussi été retrouvées. Ce protecteur du soleil contre le serpent Apophis avait une mission particulièrement importante qu’il devait renouveler chaque nuit, celle de permettre à l’astre diurne de voyager autour de la terre et de réapparaître chaque matin. C’est ce que nous montre « Le Chat tranchant la tête du serpent Apophis », un extrait du Livre des Morts conservé au British Museum de Londres. Ce mythe fut tiré du travail que le chat faisait effectivement dans les lieux de vie égyptiens, et celui-ci était reconnu comme un animal particulièrement utile pour chasser les serpents et les rongeurs, et ainsi protéger les maisons et les silos à grain. Sa nature chasseresse est aussi mise en lumière dans des papyrus dans lesquels nous voyons l’animal en pleine traque. Des scènes le représentant avec humour en train de mener un troupeau de canards ou en cours de dégustation d’une oie rôtie en compagnie d’un rat démontrent cette renommée. La nature solaire du chat fut largement mise en avant dans ses représentations d’alors. Ainsi, les statues de bronze du petit félin sont souvent rehaussées du disque solaire et complétées de l’uræus ou d’un scarabée. L’oudjat, l’œil magique, était parfois constitué d’un chat en son centre, et cela faisait sûrement référence à la qualité de réfraction de leur propre organe. Bastet, la célèbre déesse de la maternité et de la musique, eut droit à des représentations très réalistes, et beaucoup de statues de divers formats la montrent dans la posture traditionnelle du chat assis sur son postérieur, les pattes bien droites et les oreilles dressées telles les plumes de Maât symbolisant la justice et la vérité. La célèbre statue nommée « Le chat Gayer-Anderson », du nom du major qui l’offrit au British Museum en 1930, est un superbe exemple de cet art. Cette statue de la déesse Bastet de 42 cm de hauteur porte des boucles d’oreilles en or, ainsi qu’un anneau nasal du même métal, et son torse est paré d’une amulette en forme d’oudjat.
D’innombrables ex-voto en bronze nous sont aussi parvenus, démontrant la dextérité et le savoir-faire des artisans de l’époque. Ces pièces servaient d’offrande et on les apportait dans les temples afin de demander la protection de la déesse. Des statuettes de Bastet représentant un corps de femme avec une tête de chat étaient aussi une façon de représenter le côté divin du chat.

En Grèce

On le sait, le chat n’avait pas la même aura en Grèce qu’en Égypte et cette méfiance est perceptible dans le peu de représentation que l’on en a retrouvé dans l’art grec. On peut voir un bas-relief montrant des athlètes faisant combattre un chat et un chien. Cette mise en scène, datée du Vème siècle avant notre ère, démontre que le chat est vraiment descendu de son piédestal en traversant la mer Méditerranée. Un relief funéraire montrant un jeune homme qui tient un oiseau et qui le montre à un chat, ainsi que des vases d’Apulie à figures rouge du IVe siècle avant J.C, sont d’autres exemples de la représentation du chat dans la Grèce antique. Mais malgré des avantages certains, comme son amour de la propreté et des bonnes odeurs, le chat aura quand même deux gros défauts qui refroidiront plus d’un Grec, sa propension à la chasse aux oiseaux et sa débauche sexuelle.

À Rome

On a retrouvé très peu d’œuvres romaines mettant en scène le chat. Bien que l’on trouve un grand bestiaire gravé sur les vases ou peint sur les fresques, l’on trouve plutôt des petits félins qui pourraient être autant de lynx que de belette. Une mosaïque, découverte à Pompéi montre un chat tout à fait reconnaissable, attrapant un oiseau, démontrant par-là que ce trait de caractère est le principal comportement reconnu du petit félin. Et d’ailleurs, cela évoque la place que le chat avait dans les sociétés gréco-romaines, car, finalement, l’on ne savait pas vraiment à quoi l’on avait à faire. Ainsi, les intellectuels grecs et romains ont classé le chat dans les animaux sauvages et exotiques, et non dans la catégorie domestique. Le fait qu’il fut traité en dieu en Égypte ne sera pas d’un grand recours, car, justement, le culte des animaux était prohibé dans la religion gréco-romaine. Ainsi, « tu vénères un chien, moi je le frappe… Si tu vois un chat dans le malheur, tu pleures, moi je le tue et l’écorche avec plaisir », le ton était donné.

En Chine

La Chine a très tôt reconnu la grande importance du chat pour la chasse aux petits mammifères susceptibles de manger les vers à soie et la silhouette des félidés a, de ce fait, été d’une grande inspiration pour les calligraphes chinois. Ainsi, le grand artiste classique I Yü An Chi, peint, à la fin du XIe siècle, une œuvre intitulée « Singe et Chats » dans laquelle il nous offre une vision sobre et expressive de ces animaux. Au XVe siècle, Shen Chou, avec ses « Scènes de vie », montre un chat très absorbé par le vol d’un oiseau. Cette passion suivra le cours des siècles et, à toutes les périodes, on retrouvera des œuvres représentant le chat dans toutes ses attitudes. Gao Cheng Mou, avec son « Chat regardant un papillon », fin du XVIIIe ou « Chat noir » de Min Zhen. Le poil du chat est affaire sérieuse et le travail du calligraphe se retrouve dans la façon précise de traiter le pelage voluptueux. Le chat sera donc le parfait modèle pour la création artistique chinoise, et on le figurera sur de nombreux supports, comme les estampes, les paravents, les éventails et les soieries.

Au Japon

Les estampes de bois japonaises, appelées Ukiyo-e, que l’on peut traduire par “images du monde flottant”, ont été les supports favoris pour l’iconographie féline. Ces derniers ont souvent été représentés tout simplement dans des scènes d’intérieur, mais aussi certaines, avec beaucoup d’originalité et d’humour, les montrent habillés, se comportant comme des êtres humains. Ainsi la période Edo, de 1603 à 1868, a été la plus prolifique en matière de représentations du chat. Les célèbres estampes, peintes sur un grand panneau, intitulées “Chats des 53 stations du Tokaido”, ou encore la superbe “Tête du chat sorcier de Okatobe, les 53 stations” d’Utagawa Kuniyoshi nous montre en effet le chat dans toutes ses postures et attitudes croquées par le grand Maître de l’époque qui, c’était sa réputation, avait de nombreux chats dans son atelier. « Chat dormant » de Totsugen, « Chat et son chaton » de Yoshitoshi, « Chaton s’unissant pour former une Mère Chat » de Yoshifuji, « Chat au Papillon » de Hokusai. S’il nous fallait une preuve de l’affection que les Japonais portaient au chat, elle serait assurément là. Le chat était devenu le protecteur des récoltes de riz et il apparut un étrange commerce de peintures représentant des chats qui avaient, dit-on, le pouvoir de tenir éloignés les rongeurs des habitations, comme les épouvantails le faisaient avec les oiseaux. De nombreuses estampes, comme celles de Kiyonaga de l’école Torii, représentant des portraits de femmes avec chat étaient aussi habituelles, ainsi l’on pouvait voir des geishas jouant du shamisen, une sorte de luth, à leur chat, ou portant amoureusement un chaton, ces scènes sont toutes empreintes de douceur et de sensualité.